En Amazonie, il existe de nombreuses légendes
sur l’anaconda (Eunectes
murinus). Le record actuel est de 9 m de
long. Pourtant, les rumeurs les plus folles circulent.
Certains auraient vu un anaconda de 15 m, voire
de 20 m.
L’anaconda ne s’attaque que très
rarement à l’homme. Pourtant, le
mythe relatif à l’anaconda mangeur
d’hommes est inscrit dans l’inconscient
collectif des populations d’Amazonie.
Qu’en est-il vraiment ?
Les mythes sur l’anaconda
En Amazonie péruvienne ou équatorienne, l’anaconda
est désigné sous le nom de yacumama. Ce terme d’origine
Quechua désigne l’anaconda vert. Etymologiquement,
yacumama signifie « mère de l’eau ».
La sachamama se rapporte, elle, au boa constrictor et signifie «
mère de la forêt ».
Anaconda. By Gerej
Dans la mythologie de certaines ethnies amérindiennes, l’un
ou l’autre de ces boïdés aurait donné naissance
à un monde.
Deux des principaux mythes sont les suivants :
« Le corps couvert de mousse, de lianes et de plantes, la
sachamama vit immobile, comparable à un tronc d’arbre
abattu. Malheur à l’homme imprudent qui s’aventure
dans sa retraite, il serait aussitôt avalé par l’immense
bouche du monstre. » ; « malheur au pêcheur qui
aurait l’audace de pénétrer dans un lac vierge,
domaine de la yacumama. Ce sacrilège irriterait aussitôt
le serpent et sa colère provoquerait un remous tel qu’il
engloutirait à jamais l’homme et son embarcation. »
Ces deux légendes montrent bien la crainte des hommes envers
ces deux reptiles.
La taille de l’anaconda
En Amazonie, il existe quantité de témoignages sur
la taille des anacondas. Ils émanent de gens habitués
à vivre en forêt mais également, et cela est
plus troublant, de scientifiques locaux.
Tous affirment avoir vu de gigantesques anacondas de plus de 30
m. Malgré leurs invraisemblables propos, ils semblent tous
très sincères.
Un témoignage assez fiable fait état d'un anaconda
avoisinant 11 m qui aurait été tué puis mesuré
par des géologues avec une chaîne d'arpenteur.
Les noms donnés à l’anaconda ou au boa constrictor
sont très révélateurs :
Tragavenado « avaleur de biche » au Vénezuela
; matatoro « tueur de taureau » en
Colombie ; sucurijuba « celui qui mord rapidement
» au Brésil.
By Jaumescar
L’anaconda (Eunectes murinus), baptisé également
anaconda géant, est le second plus grand serpent du monde
après le python réticulé (Python reticulatus)
qui mesure jusqu’à 9,83 m de long (un record de 10 m aurait été enregistré en 1912 aux Célèbes).
Cependant, l’anaconda est le plus gros serpent par son poids
(on cite 200 kg mais le poids maximum admis est de 130 kg) que par le diamètre
de son corps.
La société zoologique du Muséum de New York
promet une récompense de 5 000 dollars à qui lui présentera
un anaconda de plus de 10 m.
Les anacondas sont toujours capturés
pour leur peau. Ces enfants montrent une dépouille partielle.
Anaconda mangeur d’hommes
La capacité pour un anaconda à se nourrir de grosses
proies est prouvée. En Guyane française,
ces serpents sont capables d’ingurgiter
des daguets (biches) ou des tatous.
Au Brésil, on a déjà observé
des anacondas qui avalaient des capybaras de 60
kg.
Il est donc scientifiquement possible qu’un anaconda puisse
avaler un enfant ou un adolescent.
Donc, l’hypothèse d’une attaque d’un anaconda
affamé sur l’homme ne peut être écartée.
D’ailleurs, des témoignages apparemment crédibles
existent mais par contre, ils n’ont été étayés
par aucune preuve.
En fait, les témoignages concernant d’éventuelles
attaques d’anacondas sont bien plus rares que celles concernant
les grands pythons terrestres.
Cependant, les articles de presse à sensation qui relatent
ces récits manquent de précision sur les circonstances
du drame.
Le cas d'un jeune Malais de 14 ans tué et avalé par
un python réticulé de 5,17 m est le seul qui soit
tout à fait crédible.
Python réticulé. By
Sworoop CH
De même, un autre drame qui s'est produit en 1979 en Afrique
du Sud est bien réel.
Un adolescent fut saisi par un python de 4,50 m de long, caché
dans les hautes herbes. Son compagnon alla chercher
du secours mais 20 mn plus tard, la victime avait
déjà été entièrement
avalée par le serpent. Un homme se déboîta
l'épaule en voulant tuer le python avec
une pioche. Finalement, il régurgita sa
proie.
Malheureusement, l'adolescent était mort
de suffocation et blessures internes.
Python réticulé.
By Charmcity reptile
Note: des photos sont parues suite
au drame. J'ai décidé de ne pas les mettre en ligne
par respect pour la jeune victime. Mais, ces photos prouvent malheureusement
que les faits sont bien réels.
Les mœurs aquatiques de l’anaconda
rendent ses contacts avec l’homme très rares. La quasi-majorité
de leurs attaques sur l’homme se déroulent dans un
contexte accidentel et par réaction défensive.
De nombreuses morsures d’anacondas ont été
rapportées par des pêcheurs d’Amazonie péruvienne
et brésilienne.
Leur morsure est très douloureuse et les plaies peuvent facilement
s’infecter.
La bouche d’un anaconda contient
des dizaines de dents fines et pointues. Les dents
sont incurvées vers l’arrière
ce qui leur permet une meilleure prise de la proie.
Aquatique et terrestre
Dans son contexte naturel, l’anaconda n’est dangereux
pour l’homme que dans l’eau. Là, il pourra s’enrouler
autour de lui comme il le ferait avec n’importe quelle autre
proie.
Un homme d’1m 70 pour 70 kg n’est pas capable de maîtriser
un tel animal.
Par contre, sur
la terre ferme, il se déplace avec moins
de facilité. Cependant, l’anaconda
chasse aussi à l’affût en se
postant sur un arbre à plusieurs mètres
de hauteur.
Dès qu’une proie passe à sa
portée, il se détend, la mord et
s’enroule autour d’elle.
L’anaconda n’a que deux prédateurs, à
part l’homme bien sûr : le caïman
noir et le jaguar. Mais, malgré leur puissance,
le combat est toujours incertain. Face à
un spécimen de 7 à 8 m, le jaguar
aurait peu de chance de vaincre.
L’anaconda géant vit une grande partie de son temps
dans l’eau mais en sort pour digérer, se reposer ou
chasser à l’affût.
En période d’inondation, selon les observations de
J.L Sanchez, il peut développer une activité arboricole.
Mythe ou réalité ?
Comme je l’ai dit, des attaques non mortelles, des morsures
notamment, sont assez nombreuses.
Mais il s’agit là d’une réaction
défensive. En effet, quand les pêcheurs
retirent leurs filets où se prend un anaconda
qui a été attiré par les
poissons, ils essayent de l’en dégager
d’où le risque de morsure.
Des témoignages sur des attaques mortelles existent mais
ne sont étayés par aucune preuve. De ce fait, il est
difficile de savoir si ces propos relèvent du mythe ou de
la réalité.
Entre les vieux chasseurs qui narrent aux touristes leurs exploits
et les médias d’Amérique du Sud qui renforcent
le mythe en faisant paraître des articles sensationnels, comment
savoir où se niche la vérité.
V.B (01.2005)
Références et Crédit photographique
Les serpents. Editions Artémis 1999
Serpents. Nigel Marvin et Rob Harvey. Editions Solar 2001
Anacondas, les géants du Venezuela. Documentaire du National Geographic