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Pour de nombreux insectes, l'ambre est devenu un véritable piège du temps. La majeure partie de l’ambre récolté rejoint l’industrie du bijou. Cependant, l’ambre contient parfois des fossiles parfaitement conservés.
Cette résine fossile jaune ou rouge a permis aux entomologistes de reconstituer ce que pouvait être une forêt il y a 100 millions d’années.
Tous les fossiles piégés dans l’ambre sont un extraordinaire témoignage de l’histoire de la vie.

Origine de l’ambre

L'origine de l'ambre est restée pendant longtemps une énigme. Le mystère de l'origine de l'ambre le rendait d'autant plus attractif et nos ancêtres lui attribuaient des vertus magiques et surnaturelles.

Les plus beaux gisements d’ambre remontent à l’Oligocène et au Miocène. Ce n’est pas un hasard. En effet, il y a environ 30 millions d’années, une grande partie de notre planète était recouverte d’une forêt tropicale luxuriante.
Ces forêts tropicales cédèrent progressivement la place à des prairies plus sèches. Les forêts tropicales se réduisirent au profit de forêts tempérées constituées d’arbres à feuilles caduques ainsi qu’à feuilles persistantes.
Au Miocène, le climat devint plus sec et plus chaud mais les forêts de conifères se maintinrent dans le Nord.

Ambre

L'ambre est une résine fossile. © dinosoria.com

Tous ces arbres à feuillage persistant sécrétaient une sève collante qui perlait des trous de l’écorce ou des branches cassées.
Cette résine s’est parfois déversée en très grande quantité.

Puis, la forêt disparut, les arbres moururent, pourrirent et la résine fut enterrée sous des tonnes de sédiments.
Là, elle s’oxyda et se solidifia.

On peut dire que l’ambre est en quelque sorte le « sang » des arbres.

Les propriétés de l’ambre

La couleur de l’ambre varie du miel au brun. Plus elle est sombre, plus elle a été exposée aux intempéries ou au soleil.
L’ambre rouge  doit sa couleur à l’oxydation. L’ambre bleu est plus rare. Cette couleur est le résultat de tâches minérales ou organiques dans la résine.

Exposé aux ultraviolets, l’ambre devient fluorescent.

Ambre

La couleur de l’ambre varie du miel au brun. © dinosoria.com

L’ambre gris n’a aucun rapport avec l’ambre jaune. C’est une substance formant à la surface des mers des masses flottantes très parfumées, et provenant de la digestion par les cachalots de la sépia des grands poulpes. Son odeur musquée devient agréable après dessiccation et à ce titre, l’ambre gris est utilisé en parfumerie.

L'ambre blanc ou spermaceti n'a lui aussi aucun rapport avec l'ambre jaune. C'est une substance blanche et huileuse que l'on retire d'une poche cérébrale du cachalot et qui entre dans la composition de pommades ou de cosmétiques.

Utilisé comme encens, l’ambre jaune dégage une odeur de pin. Nos ancêtres l’utilisaient pour éloigner les mauvais esprits.

Ambre

Le Musée américain d'Histoire Naturelle possède l'une des plus belles collections d'ambre du monde. © dinosoria.com

Frotté vigoureusement, l’ambre produit une charge électrostatique qui permet d’aimanter des objets légers.
C’est à la découverte des propriétés électrostatiques par Thalès de cet ambre, nommé en grec êlektron, que l’électricité doit son nom.

L’ambre contient de l’acide et d’autres produits chimiques. La raison de la conservation d’une exceptionnelle qualité des fossiles résulte de cette composition chimique.

Propriétés : tendre, fragile, flotte sur l'eau salée même légèrement. La résine est constituée d'isoprènes, molécules comprenant cinq carbones.

Les principaux gisements d’ambre

Des gisements ont été retrouvés sur tous les continents. Certains sont d’une grande richesse en fossiles d’Invertébrés et de Vertébrés.
Le processus de fossilisation propre à l’ambre est appelé inclusion.
Ce processus a permis de retrouver des exemplaires d’Insectes, d’Arachnides, de Fourmis, de Reptiles et bien d’autres animaux, tous dans un état de conservation parfaite.

Insecte fossilisé dans de l'ambre de la Baltique

Insecte fossilisé dans de l'ambre de la Baltique. © dinosoria.com

Certains éléments chimiques de la résine éloignaient les insectes mais quelques espèces apprirent à reconnaître quand la sève représentait de la nourriture ou un lieu sûr pour la reproduction.
La résine coulait de l’arbre. L’insecte s’y posait. Il restait collé puis était prisonnier de la masse.
L’animal mourrait très vite. En quelques secondes ou minutes, les sucs et autres liquides pénétraient dans le corps, en chassant l’eau et le déshydratant.
La résine embaumait les tissus. Puis, elle se durcissait et figeait la scène pour l’éternité.

Dans l’ambre, on peut découvrir la matière originelle : les tissus et les muscles dans le corps de l’animal.

Ambre de la Republique Dominicaine

Lézard fossilisé dans de l'ambre de la République Dominicaine. © dinosoria.com

Les meilleurs fossiles conservés dans l’ambre proviennent de la République Dominicaine, dans les Caraïbes.
L’ambre s’y trouve au fond de mines à plus de 60 m de profondeur.
Cela fait une trentaine d’années que l’ambre y est analysé.
Cet ambre est d’une très grande qualité et d’une clarté exceptionnelle.

Son intérêt principal est la variété des fossiles qu’il renferme : des lézards, des insectes, des feuilles, des grenouilles …

Ambre de la Dominique

Fossile conservé dans de l'ambre de la Dominique. © dinosoria.com

Parmi les plus beaux gisements d’ambre, on trouve également ceux de la Baltique et de la Roumanie, qui remontent l’un et l’autre, à l’Oligocène.
La côte Baltique est réputée depuis plus de 10 000 ans pour ses ressources d’ambre. D’immenses dépôts gisent au fond de la mer. Lors des tempêtes hivernales, l’ambre se détache du fond et est rejeté sur le rivage.

Ambre de la Baltique

Insecte fossilisé dans de l'ambre de la Baltique. © dinosoria.com

La majeure partie de cet ambre récolté est transformée en bijoux et autres objets ornementaux.

Dans le New Jersey, sur la côte Nord-Est des Etats-Unis, on a retrouvé des dépôts datant du Crétacé, soit 65 à 140 millions d’années.

L’ambre du Crétacé est rare et c’est celui qui contient les plus anciens insectes fossiles et autres organismes.
L’ambre du New Jersey présente des couleurs qui vont du rouge clair au jaune.

Un autre dépôt intéressant qui date du Crétacé a été découvert près de Budapest.

Fourmi fossilisée dans l'ambre

Fourmi conservée dans de l'ambre de la Baltique. Oligocène. © dinosoria.com

C’est le milieu du Crétacé qui a vu l’explosion de la forme de vie que sont les plantes à fleurs : les angiospermes.
L’évolution des insectes et des angiospermes est étroitement liée. Les angiospermes, plantes à fleurs, vrais arbres et ultérieurement les herbes, apparurent il y a environ 100 millions d’années. Ils se sont répandus et diversifiés de sorte qu’ils sont aujourd’hui largement dominants sur l’ensemble de la planète.
Les pétales représentent l’élément le plus familier des fleurs, et un signal pour les insectes pollinisateurs.
La fossilisation dans l’ambre et dans les roches des angiospermes a permis de reconstituer en grande partie les climats qui régnaient à partir du milieu du Crétacé.

Ambre et ADN

L’ambre est le seul matériau capable de conserver l’ADN vieux de plusieurs millions d’années.

De l’ADN d’insecte a pu être extrait d’ambre du Crétacé.

C’est de là qu’est venue l’hypothèse du clonage d’espèces disparues. On pense bien sûr immédiatement à Jurassic Park.
La sortie du film a d’ailleurs coïncidé avec les premières extractions d’ADN.

Ambre de la Dominique

Très beau fossile conservé dans de l'ambre de la Dominique. © dinosoria.com

L’ambre peut-il permettre de reconstituer des ADN préhistoriques ?

À ce jour, la réponse est non. La raison en est que l’ADN extrait est fragmentaire. Recomposer l’ADN original serait un travail de titan voire une mission impossible.
Pour redonner vie à un dinosaure, il faudrait découvrir un ADN non fragmentaire ce qui est très peu probable.

À moins qu’un jour, l’avancée scientifique permette de combler les blancs.

Quelques pistes sont cependant prometteuses. De l’hémolymphe d’arthropodes a été emprisonnée dans de l’ambre de la République dominicaine. Ce « sang » fossilisé pourrait bien contenir un ADN non fragmentaire.
De même, du sang d’un lézard a également été découvert dans de l’ambre.

Ambre de la Dominique

Du "sang" d'arthropode a été fossilisé dans cet ambre de la Dominique. © dinosoria.com

Supposons que dans un futur très lointain, on puisse extraire un ADN exploitable de dinosaure, sera-t-il alors souhaitable de créer un spécimen avec un patrimoine génétique délabré ?

Des dérèglements génétiques plus ou moins tardifs ont été observés chez tous les animaux clonés ces dernières années.
Cela nous renvoie à une autre question : Cloner est-il moral ?

V.Battaglia (22.09.2009)

 

Références

Éric Geirnaert, L'Ambre, miel de fortune et mémoire de vie, éditions du Piat, 2002.
Andrew Ross, Amber,Harvard University Press  1999
David A. Grimaldi, Amber: Window to the Past, Harry N. Abrams 2003