De l’aluminium sous l’empereur
Tibère
On
dit qu'un jour, au Ier, siècle de notre
ère, un obscur artisan offrit une timbale
à l'empereur romain Tibère ((14-37
après J.-C.). Si la beauté de l'objet
n'avait rien de remarquable, ses propriétés
étaient réellement extraordinaires.
Le gobelet paraissait d'argent, mais il était
léger et extrêmement résistant:
lorsque l'artisan le jeta sur les dalles du sol,
il ne se brisa pas. Il se bossela, tout comme
du bronze, et un léger martelage suffit
à le redresser. L'empereur n'en croyait
pas ses yeux.
L'histoire de cet orfèvre et de son étonnant
cadeau fut rapportée quelques années
après la mort de Tibère en 37 par
Pétrone et le naturaliste Pline l'Ancien.
Tandis
que, selon le premier, la timbale était
faite « d'une sorte de verre incassable»,
pour le second, elle était constituée
« d'un mélange vitreux très
malléable ».
Alors
de quoi était-elle faite? Pétrone
et Pline semblent eux-mêmes assez perplexes.
D'après les conclusions auxquelles ont
été amenés les spécialistes,
fondées sur les allégations des
deux auteurs romains, la timbale aurait été
en aluminium. Ce métal a en effet l'apparence
de l'argent, mais plus léger. Relativement
malléable, il se travaille facilement.
En outre, l'artisan déclara à Tibère
que le métal en question était tiré
de l'argile - ce qui est justement le cas de l'aluminium.

Tibère (Musée
du Louvre) © Erich Lessing
Si
la timbale était en aluminium, l'orfèvre
était en avance de plusieurs siècles
sur son temps. Bien que composé de substances
courantes, l'aluminium métallique est fabriqué
à partir de procédés électriques
et chimiques d'une grande complexité, sans
aucun rapport avec les méthodes de fabrication
utilisées il y a 2 000 ans.
Hélas
l'empereur veilla à ce que le mystère
de la timbale ne fût jamais éclairci.
Craignant que ce nouveau métal n'entraînât
une dévalorisation de l'or et de l'argent,
Tibère usa de grands moyens pour préserver
le secret: il fit décapiter le généreux
donateur, abandonnant aux divinités la
clé de l'énigme.
De l’aluminium au IIIe siècle
en Chine
L'orfèvre
qui fabriqua à l'intention de Tibère
une mystérieuse timbale eut peut-être
tort de croire que seuls les dieux partageaient
son secret.
En 1956, des archéologues travaillant sur
un site funéraire du IIIe siècle,
dans la province chinoise de Jiangsu, exhumèrent
une vingtaine d'ornements de ceintures: certains
étaient composés de 85 % d'aluminium,
allié à du manganèse et à
du cuivre. L'alliage se révéla d'une
pureté exceptionnelle.

Aujourd'hui, l'aluminium
est entré dans notre vie quotidienne
Pour
certains spécialistes, cet alliage serait
le fruit du hasard, né d'un incident survenu
au cours du processus de fonte. Pour d'autres,
cependant, les Chinois pourraient avoir découvert
un procédé spécial de raffinage
de l'aluminium ne nécessitant pas la formidable
énergie engloutie par les fonderies modernes.
V.B
(12.10.2006)
Bibliographie
principale
Feats
and Wisdom of the Ancients 1990 Time-Life Books
BV
<
Enigmes Paléontologie. Archéologie |