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Alimentation des Dinosaures

Gastrolithes

Depuis longtemps, les paléontologues se demandaient comment les grands herbivores pouvaient se nourrir. En effet, leur dentition ne leur permettait pas de mâcher.

Le mystère fût résolu en 1985 avec la découverte de 64 pierres polies coincées entre le pelvis et les côtes d'un Barosaurus. A l'image des poules actuelles, les grands dinosaures végétariens possédaient des meules dans l'estomac pour pouvoir digérer.

Ces gastrolithes (lithos = pierre) cisaillaient les morceaux de fougère et réduisaient en poudre les feuilles de ginkgos. Il est certain que la nourriture devait passer un bout de temps dans le système digestif, suffisamment longtemps pour que les bactéries vivant en symbiose avec l'animal fassent leur travail.

En face rôdaient les prédateurs. Et là, personne n'est d'accord. Leur fallait-il de nombreuses proies et souvent ? Ou peu et rarement ?

Ce que l'on sait avec certitude c'est que le cannibalisme n'était pas rare chez les Théropodes. Il faut savoir qu'actuellement ce comportement est la première cause de mortalité chez les dragons de Komodo et très courant chez les crocodiles.

Alors pour les dinosaures, un manque de proies ou simplement de l'agressivité ?

Les gastrolithes

Certaines pierres fossilisées, appelées gastrolithes ou « pierres d’estomac » ont été retrouvées entre les côtes ou à l’intérieur de la cage thoracique de certains dinosaures herbivores. La théorie officielle veut que ces pierres écrasaient la nourriture, ce qui facilitait la digestion des dinosaures.
Les paléontologues se sont basées sur la dentition de certains dinosaures herbivores, manifestement peu appropriée pour broyer des plantes coriaces.
A l’image des autruches ou des poulets par exemple, la nourriture parcourait tout le système digestif tandis que les pierres, plus lourdes, ne quittaient pas l’estomac.
Les crocodiles présentent également le même système digestif.

Gastrolithes

Gastrolithes fossilisés

Plusieurs squelettes de psittacosaurus renferment à l’emplacement de l’estomac ces petites pierres polies.
Apparemment, Psittacosaurus avalaient volontairement ces pierres qui s’incrustaient dans les parois de l’estomac.
On pense que lorsque les muscles de l’estomac bougeaient, ces gastrolithes broyaient les aliments.

De même, des gastrolithes ont été retrouvés parmi les restes fossiles de Seismosaurus. Cet énorme diplodocidé se nourrissait probablement de plantes coriaces qui devaient être écrasées pour être digérées.

On a découvert des gastrolithes dans l’estomac de quelques prosauropodes, sauropodes et théropodes.

Outre les dinosaures, des gastrolithes ont été mis au jour dans les restes fossilisés d’un Elasmosaurus, un plésiosaure du Crétacé supérieur.
On en a donc déduit que ce reptile marin était un prédateur à l’affût qui utilisait ces gastrolithes comme une sorte de lest.

Elasmosaurus

Elasmosaurus. (Academy of Natural Sciences of Philadelphia). By Colin Purrington

Parmi les oiseaux, le moa géant (Dinornis maximus) broyait lui aussi sa nourriture grâce à des gastrolithes. Ce moa était l’un des plus gros oiseaux du monde. Il vivait en Nouvelle-Zélande. Un adulte pouvait conserver 2,5 kg de pierres dans son gésier.

Controverse sur les gastrolithes

En 2007, deux paléontologues allemands (Oliver Wings et Martin Sander) ont remis en cause la fonction de « pilon gastrique » de ces gastrolithes.

Les pierres polies, retrouvées à côté des squelettes des dinosaures ou entre leurs côtes, n’auraient pas servi à broyer la nourriture.
Pour argumenter cette théorie, les deux chercheurs ont fait ingérer à des autruches des pierres de calcaire, de quartz rose et de granite.
En effet, les autruches utilisent les pierres pour faciliter le broyage des aliments.
Or, les gastrolithes utilisés par ces autruches puis récupérés étaient très usés et rugueux. Par contre, les gastrolithes retrouvés sur les fossiles de dinosaures étaient, eux, parfaitement polis.

Il semblerait donc que les dinosaures n’utilisaient pas les gastrolithes dans le même objectif. Pour l’instant, ces pierres conservent leur mystère.

Dents et déjections

La meilleure façon de connaître le régime alimentaire d'un Dinosaure est de découvrir les restes de son dernier repas. En 1995, les chercheurs ont découvert un coprolithe (déjection) de Tyrannosaure. A l'origine, il devait peser 2,5 kg. L'examen révéla qu'il contenait des fragments d'os brisés, partiellement digérés, d'un jeune herbivore.

Coprolithe de Tyrannosaure

Coprolithe de Tyrannosaure

De même, grâce à l'étude des dents, les paléontologues peuvent émettre certaines certitudes. Les dents des Théropodes comme Allosaurus ou Tyrannosaurus sont de véritables scies qui leur permettaient de découper la chair de leurs victimes avant de l'avaler.

Allosaurus

Allosaurus . © dinosoria.com

Les dents de Théropodes, comme Spinosaurus ou Baryonyx, sont coniques et ressemblent à celles des crocodiles. C'est pourquoi, on pense que ces dinosaures se nourrissaient de poissons.

Dent Spinosaurus

Dent Spinosaurus. © R. Amiot, laboratoire Paléoenvironnements et paléobiosphère / Vignette :CNRS Photothèque / Buffeteaut, Eric

Quant aux ornithomimidés (ex: Deinocheirus), aux oviraptoridés (ex:Caudipteryx) , ou aux thérizinosauridés (ex: Therizinosaurus), ils ne possédaient pas de dents du tout.

Caudipteryx

Reconstitution d'un caudipteryx . By Kordite

Certains chercheurs pensent que ces dinosaures sont devenus végétariens au fil du temps. D'autres pensent qu'ils mangeaient des insectes, de petits animaux ou des oeufs.

L’herbe existait au Crétacé

Jusqu’à présent, on pensait que l’herbe n’existait pas à l’époque où les dinosaures dominaient le monde.
En effet, les plus anciennes preuves de l’existence de l’herbe avaient 55 millions d’années, soit à la fin du Paléocène.
Les forêts tropicales étaient alors dominantes. En Europe, le paysage était constitué de marécages tropicaux avec des sous-bois composés de fougères, de prêles et de palmiers.
La théorie voulait que ce soit surtout pendant l’Oligocène et le Miocène que les forêts tropicales cédèrent progressivement la place à des prairies plus sèches.

Selon une étude publiée dans la revue Science en 2005, cette théorie est remise en cause.

L’équipe de Caroline Strömberg, du muséum d’histoire naturelle de Stockholm, a découvert en Inde les traces de la consommation d’herbe dans des excréments fossilisés. Ces chercheurs étudiaient le régime alimentaire de grands dinosaures herbivores, les Titanosaures, qui vivaient dans le sous-continent indien. Dans les coprolithes se trouvent des cristaux de silice fabriqués par les cellules des plantes, les phytolithes. Strömberg et ses collègues s’attendaient à trouver des phytolithes issus de conifères ou de cycadées. Ils ont donc été surpris de tomber sur ces petits cristaux qui ne ressemblent qu’à ceux de l’herbe.

Titanosaure

Reconstitution d'un Titanosaure type. © discovery channel

Pour l’instant, il serait abusif de penser que ces herbivores pâturaient dans des prairies herbeuses.
L’analyse des coprolithes indique que les graminées représentaient une petite part de l’alimentation des dinosaures. L’herbe est donc longtemps restée une denrée rare à la surface de la terre.
Cependant, cette découverte est primordiale pour la paléobotanique et donc la reconstitution des climats du passé.

V.Battaglia (05.2003). M.à.J 03.2007