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Alexandrie. Son Phare

L’ancien port d’Alexandrie et le quartier des palais royaux des Ptolémée ont été engloutis par des séismes au début du IIe millénaire.

Cette cité légendaire fut la résidence de Cléopâtre.
C’est en 1996 que l’archéologue Franck Goddio a remonté du fond de la mer les vestiges de la cité d’Alexandrie.
Les dernières fouilles ont permis de mettre à jour, au pied du phare de Pharos, des blocs très importants et des statues monumentales qui sembleraient appartenir à l’une des Sept Merveilles du monde antique, le célèbre phare d’Alexandrie.

La cité d’Alexandrie

Alexandrie a été fondée en 332-331 avant notre ère par Alexandre le Grand. La ville a été, sous les premiers Ptolémée, le plus brillant centre de l’hellénisme et du commerce méditerranéen.
Alexandrie possède deux ports dont l’un était signalé par un phare connu comme l’une des Sept Merveilles du monde.
La cité comportait de nombreux temples, un musée et une bibliothèque riche d’environ 700 000 volumes qui brûla lors de la révolte de la ville contre César, en 48-47 avant notre ère.

Pour les Egyptiens, Alexandrie était Rakotê. Elle joua un rôle essentiel dans la diffusion de la science égyptienne dans le monde antique et de la culture grecque en Egypte.

Alexandrie fut la résidence de la femme la plus fascinante de l’histoire : Cléopâtre. C’est là qu’elle a rencontré et séduit Jules César.
C’est dans ces avenues, aujourd’hui submergées, qu’elle s’est promenée avec Marc Antoine. Enfin, c’est dans cette ville qu’elle a préféré la mort au déshonneur.

Cléopatre

Cléopâtre. By Tiffany Silva

Alexandrie a été victime de catastrophes naturelles qui ont modifié considérablement son aspect. Jadis comme aujourd’hui, l’est de la Méditerranée est soumis à une importante activité sismique.
Une série de tremblements de terre et de raz de marée endommagèrent la côte, près de la ville, provoquant l’effondrement d’une partie du littoral dans la mer.

Le 21 juillet 365, s’est produit un tremblement de terre particulièrement dévastateur. D’autres secousses ont eu lieu au cours des siècles suivants.

Les chroniques islamiques mentionnent celle de 1308, près d’un millénaire plus tard, entraînant la disparition du célèbre phare.

Le phare d’Alexandrie

Le Phare d'Alexandrie fut considéré comme la dernière des sept merveilles du monde antique et a servi de guide aux marins pendant des siècles.
Bâtie sous le règne de Ptolémée II sur les plans de l’architecte Sostrate de Cnide, la tour du phare domine l’île de Pharos du haut de ses 125 mètres.
Il guidait les navires jusqu’au port grâce à la lumière produite par le grand feu brûlant au sommet qui se réfléchissait dans un immense miroir en bronze poli.

Phare d'Alexandrie. Reconstitution 3d

Phare d'Alexandrie. Reconstitution 3d

Commandé par Ptolémée Ier Sôter en 285 avant notre ère environ, le phare est achevé sous le règne de son fils Ptolémée II Philadelphe. On estime que les travaux ont duré une vingtaine d’années.

La construction du Phare répondait à un besoin vital. La côte était en effet très dangereuse.

Les dangers encourus par les navigateurs sont illustrés par la découverte récente d'épaves de bateaux grecs et romains au large du Phare et du port est.

Phare d'Alexandrie

Phare d'Alexandrie. Reconstitution 3d

Le phare d’Alexandrie est la seule des Sept merveilles du monde antique investie d’une fonction utilitaire et non religieuse ou décorative.

Avec ses 125 mètres de hauteur, le phare est l’un des plus hauts édifices de son temps, après la pyramide de Kheops, autre merveille du monde.

L'historien géographe arabe Ali al-Mas'udi, né à Bagdad et mort au Caire vers 956, raconte la détérioration progressive du Phare et de la ville d'Alexandrie par des séismes et des affaissements de terrain.

Il a finalement été gravement endommagé par une série de tremblements de terre dont le plus violent eut lieu en 1308.

En 1349, il est hors d’usage. Cette année-là, le voyageur arabe Ibn Battutâ, qui visite la cité rapporte qu’il n’a même pas pu accéder à l’entrée tant le monument est ruiné.

Statue de Zeus ou Poseïdon en haut du phare d'Alexandrie

Statue de Zeus ou Poseïdon en haut du phare d'Alexandrie. Reconstitution 3d

Il resta en ruine plus d'un siècle et demi, jusqu'à ce que le sultan Qaitbay utilise ses fondations pour y construire un fortin.

Le Phare était un bâtiment à trois étages d’après les sources antiques:

  • Une base carrée légèrement pyramidale
  • Un étage octogonal
  • Un sommet circulaire où brûle un grand feu

Tout en haut du Phare se trouvait une statue qui n'a pas encore pu être formellement identifiée. Il pourrait s'agir de Zeus ou de Poséidon.

Séismes dévastateurs

Située sur une faille, à la jonction de deux plaques continentales, Alexandrie est exposée aux catastrophes naturelles.
Inexorablement, la plaque africaine, sur laquelle se dresse Alexandrie, s’enfonce sous la plaque européenne. Cela entraîne l’affaissement de toute la région côtière.

Les témoignages actuels montrent que le littoral s’est effondré de six mètres au moins depuis la mort de Cléopâtre. Durant la même période, le niveau de la mer s’est élevé de 1,50 à 2 mètres environ.

A la suite de ces bouleversements géologiques, l’ancien littoral d’Alexandrie est englouti par les eaux du port oriental.

Les souverains grecs ayant bâti leurs palais au bord de la mer, c’est tout le quartier des palais des Ptolémée qui a disparu sous l’eau.

Nous disposons aujourd’hui, grâce à l’aide de la technologie moderne, d’une topographie détaillée de cette partie du littoral.

La topographie du Grand Port (Magnus Portus) a été établie.

>Les découvertes archéologiques

Grâce à Franck Goddio et son équipe, la ville engloutie a livré peu à peu ses secrets. Pour la première fois, une carte montre le quartier des palais avant son engloutissement, sans doute au IVe siècle après notre ère.

A l’est, se trouve le cap Lochias sur lequel se dressait jadis un palais royal, équipé de son propre port.

Au milieu du Grand Port, s’étend l’île engloutie d’Antirhodos, qui conserve des vestiges architecturaux de différentes périodes et les fondations d’édifices remontant au IIIe siècle avant notre ère.

L’équipe a remonté une statue et plusieurs sphinx qui étaient sans doute associés à un petit temple d’Isis.

La résidence royale sur cette île a été détruite par les hommes ou les tremblements de terre bien avant la disparition de l’île.
C’est sans doute là que la reine Cléopâtre a vécu, gouverné et s’est donné la mort.

Le port d’Alexandrie ne conserve aujourd’hui aucune trace visible du littoral qui le cernait jadis.

Il a fallu en 1996, 3 550 plongées, pour mettre au jour, les traces d’anciens quais, des fragments de statues, des inscriptions hiéroglyphiques, des amphores, un sphinx...

Au cours des campagnes suivantes, les recherches se sont étendues à toute la partie orientale du port.

En 1997, l’équipe de Franck Goddio découvre un promontoire qui s’avance de 350 mètres dans le port. Il présente quatre structures portuaires et porte d’importants vestiges :

  • Des colonnes de granit et de marbre
  • Des fragments de sarcophages antiques
  • De gros blocs de pierre qui proviennent peut-être du temple de Poséidon

Ce qui surprit le plus les chercheurs, c’est la découverte d’une épave ensevelie dans le petit port. Le bois remonte à une période comprise entre 90 avant notre ère et 130 ans après notre ère.
L’épave serait un cargo ou un navire de guerre gréco-romain ou romain. Des fragments de bijoux, des restes de nourriture et des ossements entourent l’épave.

Une tête de faucon haute de 68 cm a également été exhumée; elle représenterait le dieu Horus, fils d’Isis.
Près de cette tête, c’est une autre tête de granite qui dormait au fond. On a pu identifier Octave, le vainqueur de Cléopâtre. La statue mesurait plus de 4,80 m de haut.

Un travail de longue haleine

Avec les données qui s’accumulent, les archéologues réalisent que l’idée qu’ils avaient de la topographie d’Alexandrie était erronée.

Il reste encore beaucoup à faire. Antirhodos, notamment, garde encore ses secrets. La reconstitution de l’Alexandrie de Cléopâtre est un projet qui se poursuit.
Franck Goddio estime que les récentes découvertes occuperont les chercheurs pendant une cinquantaine d’années.

V.Battaglia (06.01.2006)