Home

Les tests ADN permettent de résoudre des énigmes historiques

Les progrès de la génétique et ses applications concrètes offrent des perspectives passionnantes. En effet, grâce à l’ADN, on peut aujourd’hui élucider certains mystères historiques.
Des scientifiques viennent ainsi de démontrer que les maladies véhiculées par les poux avaient décimé la Grande Armée de Napoléon.
La mort de Louis XVII a également pu être élucidée. De même, on sait de manière certaine que la célèbre Madame Anderson n’était pas Anastasia, l’une des filles du Tsar Nicolas II.

Les grognards de Napoléon décimés par les poux vecteurs de maladies

C’est à Vilnius, au printemps 2001, qu’un charnier de milliers de squelettes a été découvert. Il s’agissait des restes des grognards de Napoléon, tombés quelques jours après le passage de la Berezina, pendant la retraite de Russie.

Olivier Sutour, professeur d’Anthropologie, à l’Université de Marseille a étudié ces squelettes :

« Il y avait 3 260 squelettes enterrés dans le fossé d’une fortification. En décembre 1812, la température est descendue à – 38 °C. Le passage de Vilnius s’est soldé par la mort de 40 000 soldats.

Sur le terrain, il ne restait que des os, des bouts de tissus et quelques bottes. Pas d’armes, très peu d’argent, et des boucles d’oreilles, classiques chez les grognards.

J’ai surtout rapporté des mâchoires ainsi que des bouts d’uniforme avec de la terre autour. C’était à la demande du Pr Didier Raoult, spécialiste des maladies infectieuses.
On espérait en effet y trouver des poux. »

Les experts savaient déjà que les grognards véhiculaient des poux dans leurs vêtements. À l’époque, on ne savait pas que les poux transmettaient des maladies.

Le lien entre cet insecte et le typhus ne sera établi qu’en 1909.

Dans les restes ramenés de Vilnius, les chercheurs ont découvert cinq « squelettes » de poux dont trois ont la trace du germe de la fièvre des tranchées de la Première Guerre mondiale.

Grâce aux analyses effectuées, sept soldats avaient conservé la trace de la fièvre des tranchées et trois autres avaient le typhus.

Selon les spécialistes, au moins 30 % de ces soldats sont morts d’une maladie transmise par les poux.

Des traces de peste à Montpellier

En 1997, lors des travaux du tramway, un cimetière médiéval a été mis au jour. Des chercheurs ont découvert dans la nécropole Saint-Côme et Saint-Damien, des milliers de squelettes, enterrés entre le Xe et le XVIe siècle.

Des dents prélevées sur certains d’entre eux ont démontré que ces personnes étaient mortes de la peste noire.
Cette terrible épidémie avait débuté à Marseille en 1348. La population de Montpellier avait également été décimée.
Il ne s’agissait ni du typhus, ni de la maladie du charbon, mais bien de la peste noire. En effet, des séquences d’ADN d’Yersinia pestis, l’agent de l’une des formes de la peste, ont été retrouvées par les chercheurs.

Anastasia a-t-elle survécu ?

En 1984, la presse annonçait la mort d’une Américaine, Madame Anderson. Depuis 1920, cette femme avait suscité l’un des grands mystères de l’histoire. Était-elle vraiment la grande duchesse Anastasia, fille du Tsar Nicolas II, seule survivante du massacre d’Iekaterinbourg ?

Selon la version officielle, Nicolas II, sa femme et leurs cinq enfants ont été exécutés dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918.

Tsar Nicolas II

Tsar Nicolas II entouré de sa famille. Anastasia est assise à côté de son père

Les corps ont été ensuite dépecés, arrosés d’acide et d’essence, puis brûlés. Les restes ont été jetés dans un puits de mine inondé.

Cette version a toujours contenu des imprécisions et des récits contradictoires.

Les traces du passage de la tsarine et de ses quatre filles auraient été retrouvées à Perm en août et septembre 1918, selon Kirsta, chef du contre-espionnage blanc.

Le 17 février 1920, une jeune femme prétend être Anastasia Romanov. Elle dit avoir été sauvée du massacre par un soldat.
L’inconnue devient Madame Tchaïkowski puis quitte l’Allemagne en 1929 pour les États-Unis, où elle prend le nom de Madame Anderson.

La polémique sur son identité continue jusqu’à sa mort. Pourtant, dès 1928, un détective retrouve la trace d’une certaine Franziska Schanzkowski, ouvrière polonaise, qui a déjà fait deux séjours en hôpital psychiatrique.
Les deux femmes ont une écriture semblable et toutes deux portent une cicatrice au majeur de la main gauche, détail révélé par la mère de Franziska.
Malgré les faits, Madame Anderson refuse d’admettre l’évidence, tout autant d’ailleurs que ses partisans.

Anna Anderson

Anna Anderson en 1955

Un test ADN effectué en 1993 a démontré que cette Madame Anderson ne pouvait en aucun cas être Anastasia. Cette analyse de l’ADN a été effectuée sur les restes exhumés de la famille impériale ainsi que sur quelques cheveux de Madame Anderson.

En 1970, une autre femme est morte en laissant derrière elle un manuscrit à n’ouvrir que 10 ans après.
Dans ce document, publié en 1982, elle affirme être la grande duchesse Maria, sœur d’Anastasia. Cette fois encore, seule une analyse d’ADN pourra révéler la vérité.

Louis XVII est-il mort au Temple ?

Louis XVI est monté sur l’échafaud en 1793. Louis XVII a dix ans en 1795 et il vit incarcéré à la prison du Temple.
C’est un enfant, affaibli et malade, qui meurt 8 mois plus tard de la tuberculose.

Cet enfant a vécu un véritable enfer pendant plus de 6 mois. Il est emmuré, vit dans la pénombre, ne voit jamais personne et ne quitte plus son lit envahi par la vermine.

Louis XVII

Louis XVII au Temple, gravure du XVIIIe siècle (Musée Carnavalet, Paris)

C’est Barras, qui, en 1794, rendra à l’enfant des conditions de détention décentes. Un médecin ne pourra que constater qu’il est trop tard.
L’enfant est atteint de tuberculose et trop faible pour lutter contre la maladie.

Louis XVII

Portrait de Louis XVII, par le peintre David

Dès lors, des rumeurs vont circuler, prétendant qu’il y a eu substitution d’enfant avant la séquestration.
Les médecins de l’époque sont eux-mêmes convaincus que l’enfant mort au Temple n’est pas Louis XVII.

L’affaire du Temple a alimenté régulièrement la chronique depuis. Plusieurs personnes ont prétendu être Louis XVII.
Le plus célèbre des prétendants est Naundorff, un horloger berlinois, qui débarque à Paris en 1833.
Cet homme, condamné comme faux-monnayeur, est pourtant reconnu par plusieurs anciens serviteurs de la famille royale.
Expulsé de France, il finit sa vie aux Pays-Bas.
Il sera d’ailleurs l’inventeur d’un explosif que l’armée hollandaise utilise jusqu’en 1918 sous le nom de « bombe Bourbon ».

Naundorff

Naundorff en 1845

En avril 2000, à l’initiative de l’historien Philippe Delorme, deux professeurs de génétique humaine ont confirmé que l’enfant du Temple était bien le jeune Louis XVII.
Le Dauphin est bien mort de la tuberculose à l’âge de 10 ans.

Le cœur de Louis XVII, conservé dans une urne de cristal au Mémorial de France de Saint-Denis, a confirmé le lien familial.
La comparaison entre l’ADN de ce cœur et le code génétique de Marie-Antoinette, établi notamment à partir de cheveux de la reine, a révélé que l’enfant mort au Temple était âgé d’environ 10 ans et était bien son fils.

Quelle était la nationalité de Christophe Colomb ?

Des universitaires de Grenade se sont lancés dans une enquête génétique pour trancher le débat sur la nationalité de Christophe Colomb.
Était-il Génois, Catalan, Portugais ou Français ?

Les restes de son fils Hernando ont été exhumés. Les chercheurs doivent maintenant découvrir les descendants.
À Barcelone, plus de 120 personnes, portant le nom de Colom, ont accepté un prélèvement d’ADN. Dans les Pyrénées Orientales, 18 Colomb ou Coulom ont fait de même.

La réponse est attendue avant le 20 mai, date du 500e anniversaire de la mort du navigateur.

V.Battaglia (19.02.2006)

Sources principales

Pour les articles sur les grognards de Napoléon, de la peste à Montpellier et de Christophe Colomb : Midi Livre du samedi 18 février 2006

Pour les articles sur Anastasia et Louis XVII : La Mémoire de l’Humanité Editions Larousse

< Énigmes de notre Histoire