ADN
et énigmes historiques
Les progrès de la génétique
et ses applications concrètes offrent des
perspectives passionnantes. En effet, grâce
à l’ADN, on peut aujourd’hui
élucider certains mystères historiques. |
C’est à Vilnius, au printemps 2001, qu’un charnier de milliers de squelettes a été découvert. Il s’agissait des restes des grognards de Napoléon, tombés quelques jours après le passage de la Berezina, pendant la retraite de Russie. Olivier Sutour, professeur d’Anthropologie, à l’Université de Marseille a étudié ces squelettes : « Il y avait 3 260 squelettes enterrés dans le fossé d’une fortification. En décembre 1812, la température est descendue à – 38°C. Le passage de Vilnius s’est soldé par la mort de 40 000 soldats. Sur le terrain, il ne restait que des os, des bouts de tissus et quelques bottes. Pas d’armes, très peu d’argent, et des boucles d’oreilles, classiques chez les grognards. J’ai surtout rapporté des mâchoires ainsi que
des bouts d’uniforme avec de la terre autour. C’était
à la demande du Pr Didier Raoult, spécialiste des
maladies infectieuses. Les experts savaient déjà que les grognards véhiculaient des poux dans leurs vêtements. A l’époque, on ne savait pas que les poux transmettaient des maladies. Le lien entre cet insecte et le typhus ne sera établi qu’en 1909. Dans les restes ramenés de Vilnius, les chercheurs ont découverts cinq « squelettes » de poux dont trois ont la trace du germe de la fièvre des tranchées de la Première Guerre mondiale. Grâce aux analyses effectuées, sept soldats avaient conservé la trace de la fièvre des tranchées et trois autres avaient le typhus. Selon les spécialistes, au moins 30% de ces soldats sont morts d’une maladie transmise par les poux.
En 1997, lors des travaux du tramway, un cimetière médiéval a été mis au jour. Des chercheurs ont découvert dans la nécropole Saint-Côme et Saint-Damien, des milliers de squelettes, enterrés entre le Xe et le XVIe siècle. Des dents prélevées sur certains d’entre eux
ont démontré que ces personnes étaient mortes
de la peste noire.
En 1984, la presse annonçait la mort d’une Américaine, Madame Anderson. Depuis 1920, cette femme avait suscité l’un des grands mystères de l’histoire. Etait-elle vraiment la grande duchesse Anastasia, fille du Tsar Nicolas II, seule survivante du massacre d’Iekaterinbourg ? Selon la version officielle, Nicolas II, sa femme et leurs cinq enfants ont été exécutés dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918.
Tsar Nicolas II entouré de sa famille. Anastasia est assise à côté de son père Les corps ont été ensuite dépecés, arrosés d’acide et d’essence, puis brûlés. Les restes ont été jetés dans un puits de mine inondé. Cette version a toujours contenu des imprécisions et des récits contradictoires. Les traces du passage de la tsarine et de ses quatre filles auraient été retrouvées à Perm en août et septembre 1918, selon Kirsta, chef du contre-espionnage blanc. Le 17 février 1920, une jeune femme prétend être
Anastasia Romanov. Elle dit avoir été sauvée
du massacre par un soldat. La polémique sur son identité continue jusqu’à
sa mort. Pourtant, dès 1928, un détective retrouve
la trace d’une certaine Franziska Schanzkowski, ouvrière
polonaise, qui a déjà fait deux séjours en
hôpital psychiatrique.
Anna Anderson en 1955 Un test ADN effectué en 1993 a démontré que cette Madame Anderson ne pouvait en aucun cas être Anastasia. Cette analyse de l’ADN a été effectuée sur les restes exhumés de la famille impériale ainsi que sur quelques cheveux de Madame Anderson. En 1970, une autre femme est morte en laissant derrière
elle un manuscrit à n’ouvrir que 10 ans après.
Louis XVI est monté sur l’échafaud en 1793.
Louis XVII a dix ans en 1795 et il vit incarcéré à
la prison du Temple. Cet enfant a vécu un véritable enfer pendant plus de 6 mois. Il est emmuré, vit dans la pénombre, ne voit jamais personne et ne quitte plus son lit envahi par la vermine.
Louis XVII au Temple, gravure du XVIIIe siècle (Musée Carnavalet, Paris) C’est Barras, qui, en 1794, rendra à l’enfant
des conditions de détention décentes. Un médecin
ne pourra que constater qu’il est trop tard.
Portrait de Louis XVII, par le peintre David Dès lors, des rumeurs vont circuler, prétendant qu’il
y a eut substitution d’enfant avant la séquestration. L’affaire du Temple a alimenté régulièrement
la chronique depuis. Plusieurs personnes ont prétendus être
Louis XVII.
Naundorff en 1845 En avril 2000, à l’initiative de l’historien
Philippe Delorme, deux professeurs de génétique humaine
ont confirmé que l’enfant du Temple était bien
le jeune Louis XVII. Le cœur de Louis XVII, conservé dans une urne de cristal
au Mémorial de France de Saint-Denis, a confirmé le
lien familial.
Des universitaires de Grenade se sont lancés dans une enquête
génétique pour trancher le débat sur la nationalité
de Christophe Colomb. Les restes de son fils Hernando ont été exhumés.
Les chercheurs doivent maintenant découvrir les descendants. La réponse est attendue avant le 20 mai, date du 500e anniversaire de la mort du navigateur. V.B (19.02.2006)
|




