La philosophie liée à
l’acupuncture
Appelée
chen jue (coup d'aiguille) par les Chinois,
son nom occidental dérive du latin
acus (aiguille).
Cette méthode thérapeutique
a été introduite en France
par Georges Soulié de Morant, un
sinologue du début du XXe siècle,
qui a traduit en français plusieurs
traités d'acupuncture, dont le célèbre
Nei jing.

Gravure du
XIXe siècle représentant une
séance d'acupuncture en France. (Charmet-Musée
Carnavalet)
Considéré
comme l'ouvrage médical le plus ancien
du monde, la première rédaction
de ce document remonterait au XVIII, siècle
avant notre ère.
Il ressort de la lecture du Nei jing, probablement
rédigé sous sa forme actuelle
au IIIe siècle avant notre ère,
entre la fin de la dynastie des Zhou et
le début de celle des Qin, que l'acupuncture
était alors largement utilisée
et s'insérait dans un ensemble de
pratiques médicales qui faisaient
appel aux vertus des plantes, aux régimes
alimentaires, aux massages ou aux exercices
physiques.

Tableau médical
de l'époque Ming où figurent
les points d'acupuncture qui permettent
de soigner l'intestin grêle. (Charmet-Musée
d'Histoire de la médecine)
L'acupuncture
n'est qu'une partie de cette médecine
et vise à prévenir plutôt
qu'à guérir. Un médecin
chinois est toujours frappé par l'extrême
spécialisation qui régit la
médecine occidentale. Pour une personne
imprégnée de philosophie orientale,
le corps et l'âme sont indissolublement
liés: l'homme s'intègre dans
un univers qui l'influence par le cycle
des saisons.
Cet univers est caractérisé
par ses flux et ses reflux d'énergie.
La pensée chinoise est commandée
par la notion d'alternance: la lumière
et l'obscurité, le froid et la chaleur,
le sec et l'humide, le ciel et la terre,
le Soleil et la Lune...
Ces
oppositions sont représentées
par le yin et le yang, deux concepts quasi
intraduisibles, symbolisés par la
notion, elle aussi intraduisible, de Dao
(Tao dans l'ancienne orthographe).
Grossièrement,
on pourrait définir le Dao comme
le « chemin » ou le mode de
vie ». Il est le plus souvent illustré
par un symbole sacré, où le
yin et le yang s'interpénètrent
en s'équilibrant. Ce symbole sacré
présente la synthèse de l'«
oscillation universelle », la loi
unique du Dao, qui fonde l'ensemble des
conceptions chinoises en matière
de morale, de science, de philosophie ou
de religion.

Une des premières
planches d'acupuncture connue en Europe
datant de 1684. (Charmet-Musée d'Histoire
de la médecine)
Un
homme qui vit selon les lois de la nature,
selon ce qui est plus que selon ce qui devrait
être, est un homme sain. Il est en
harmonie avec le Dao. Désobéir
aux lois de la nature revient à briser
cette harmonie, ce qui entraîne le
déséquilibre et la maladie.
Dans la médecine chinoise, la santé
se résume au concept, toujours intraduisible,
de qi : c'est la force, ou l'énergie,
vitale. Si le qi ne coule pas doucement
et harmonieusement à travers le corps,
des troubles mentaux et toutes sortes de
maladies se manifestent. L'homme est immergé
dans la nature. Pour les Chinois, celle-ci
est constituée de cinq éléments
- le feu, le bois, le métal, la terre
et l'eau - et du yin et du yang, qui prédominent
alternativement dans chacun d'eux.
Le Yin et le Yang
Si
le Soleil est yang, la Lune est yin. D'une
manière générale et
simplifiée, le yin symbolise plutôt
la réceptivité, l'élément
femelle, le sombre, le caché, le
doux et l'humide.
Le
yang est dynamique, masculin, lumineux,
dur et sec. Pour qu'un corps connaisse santé
et bonheur, yin et yang doivent s'équilibrer
en permanence. Un excès de l'un ou
de l'autre provoque la maladie.

Mannequin
pédagogique japonais qui figure le
corps humain et ses principaux méridiens.
(Charmet-Musée d'Histoire de la médecine)
C'est
le déséquilibre de l'énergie
qui est exprimé par les symptômes
physiques ou mentaux, tantôt dans
son côté yang, tantôt
dans son aspect yin. Mais il s'agit toujours
de la même maladie.
Cette
notion de principe générateur
unique différencie la manière
même d'aborder la maladie qu'ont les
Orientaux et les Occidentaux. Pour certains
médecins, chinois ou européens,
il est d'ailleurs quasi impossible de traduire
correctement les mots chinois dans les langues
occidentales. D'où la difficulté
d'exporter et d'expérimenter avec
succès une thérapeutique aussi
subtile que l'acupuncture.
La base de l’acupuncture
Pour
les Chinois, le qi circule dans tout le
corps par un ensemble de canaux invisibles
parcourant la peau. Ce sont les jing (méridiens).
Il existe douze paires principales de méridiens,
réparties de part et d'autre du corps.
Chacune correspond à peu près
à un organe (estomac, reins, vésicule
biliaire, foie, rate, etc.).
Deux paires de méridiens sont reliées
à deux organes inconnus des physiologistes
occidentaux : celui qui règle la
circulation sanguine et celui qui maintient
la chaleur du coeur et l'intensité
des émotions.
Il
existe également deux méridiens
« centraux » : le tou Mo (vaisseau
directeur), qui remonte la colonne vertébrale,
et le jen mo (vaisseau de conception), qui
suit l'axe du corps vu de face.
Aux douze méridiens correspondent
douze pouls chinois » : six pouls
superficiels, qui ressortent du yang, et
six pouls profonds, qui sont yin. Ces pouls
chinois permettent aux médecins de
déceler, extérieurement, le
mauvais fonctionnement des organes internes
du corps.
Méridiens
yin de la main
A méridien du poumon
B méridien péricardiaque
C méridien du coeur
Méridiens
yang de la main
D méridien du gros intestin
E méridien du « chauffage
triple
F méridien de l'intestin grêle
Méridiens
yin du pied
G méridien de la rate
H méridien du foie
I méridien du rein
Méridiens
yang du pied
J méridien de l'estomac
K méridien de la vésicule
biliaire
L méridien de la vessie
Lignes
centrales
Vaisseau directeur
N « vaisseau de conception » |
|
A
l'heure actuelle, la recherche de ces pouls
est loin de faire l'unanimité chez
les acupuncteurs occidentaux.
Il faut une longue expérience pour
les prendre et les étudier. Cette
recherche se fait généralement
sur les avant-bras et les poignets, par
pression plus ou moins légère
selon le type de pouls à prendre.
La tradition veut que cette méthode
d'étude date de Confucius: à
l'époque, il était indécent
de se déshabiller devant un médecin...
Dans certains pays arabes, cette prise de
pouls est toujours pratiquée pour
des raisons identiques.
Un
des avantages du diagnostic d'après
la consultation du pouls chinois, qui est
alors estimé normal, faible, fort,
« comme un fil », « pâteux
», etc., est la détection précoce
de déséquilibres qui n'ont
pas encore été ressentis.
Le
médecin peut alors intervenir avant
même l'apparition des symptômes.
Évidemment, un praticien sans scrupules
pourrait en profiter pour procéder
au traitement long et coûteux d'une
maladie sans fondement réel.
Les points d’acupuncture
Sur
chaque méridien, on trouve un nombre
variable de jue (points d'acupuncture),
qui sont les lieux d'entrée et de
sortie de l'énergie vitale, le qi.
En stimulant ces points avec des aiguilles,
on obtient un certain effet sur l'organe
qui correspond au méridien.
Aujourd'hui,
on compte près de deux mille points.
La tendance moderne tend plutôt à
une diminution de ces points.
Les points classiques, connus de tous les
acupuncteurs, figurent sur des planches
anatomiques ou des figurines de conception
très ancienne.
Pour
plus de facilité, les acupuncteurs
les désignent par des numéros
: « vésicule, 1 », «
foie, 4 », etc. Leurs noms chinois
étaient plus poétiques et
précisaient leur fonction : «
flux soulagé », « affaire
difficile » ou « grand éliminateur
». Ces points peuvent curieusement
être placés relativement loin
de l'organe à traiter: par exemple,
on peut soigner le foie en stimulant un
point placé dans la cheville...
Les aiguilles d’acupuncture
Pour
« puncturer » (piquer), les
acupuncteurs utilisent aujourd'hui des aiguilles
métalliques : l'or ou le cuivre tonifient;
tandis que l'argent et le fer calment.

Ces
aiguilles, dont la longueur varie de 1 à
3 ou 4 centimètres, sont enfoncées
directement dans la peau. La plupart du
temps, ce n'est pas douloureux. Le temps
pendant lequel elles restent en place et
la façon de les mettre ou de les
retirer (rapidement ou en les vrillant)
dépendent de l'effet recherché.
Certains acupuncteurs utilisent des moxas
pour redonner de l'énergie à
un organe affaibli : ces cautères
en bois d'armoise sont placés au-dessus
du point choisi, qu'ils doivent chauffer
et non brûler.

Pour
les personnes qui ne supporteraient pas
les aiguilles, il est possible de recourir
au massage des points sensibles.
Les effets de l’acupuncture
Les
résultats d'un traitement par acupuncture
varient sensiblement d'un individu à
l'autre. Le soulagement peut être
instantané ou progressif. Certains
sujets font même état de bouffées
d'euphorie. Parfois, d'autres patients ressentent
plus durement leurs maux après une
séance d'acupuncture et ne connaissent
la guérison qu'après plusieurs
traitements.
D'où vient le succès généralement
constaté ? A vrai dire, aucune réponse
satisfaisante n'existe. De l'autosuggestion
? Parfois, peut-être, mais pourquoi
les animaux peuvent-ils être guéris
par ces aiguilles magiques ? Des impulsions
électriques déclenchées
sous la peau et le long des nerfs par les
aiguilles ? On a vu qu'il était possible
de guérir une partie du corps en
piquant une autre partie...

Points d'acupuncture
destinés à soigner les éléphants.
Assez bizarrement, l'acupuncture convient
encore mieux aux animaux . (Charmet-Musée
d'Histoire de la médecine)
En fait, après des années
de recherches, le mystère reste entier.
S'il n'y a pas de détérioration
organique irréversible, l'acupuncture
peut guérir de nombreux troubles
fonctionnels ou psychosomatiques. Dans le
cas d'allergies rebelles, de migraines persistantes,
d'arthrose ou de rhumatismes chroniques,
les petites aiguilles métalliques
ont réussi là où les
médicaments ordinaires avaient échoué.

Chien traité
par l'acupuncture
Certes,
il ne s'agit pas de miracles. Les Chinois
expliquent cette efficacité par la
notion du qi, difficilement perceptible
par un Occidental. Pourtant, même
en Occident, il existe une tendance naturelle
et spontanée à désigner
un trouble sans gravité en termes
de flux.
Une
fois de plus, la science ne peut que constater,
pas expliquer. Si l'acupuncture n'était
pas efficace, elle ne se serait pas transmise
de génération en génération
pendant plusieurs milliers d'années.
De plus en plus utilisée, l'acupuncture
est, en même temps, de plus en plus
étudiée. Plusieurs hypothèses
viennent d'être avancées sur
les principes de son efficacité.
Elles nous ouvrent de nouvelles perspectives
sur le fonctionnement de notre corps.
V.B
(08.01.2007)
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