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Acupuncture

Le miracle des aiguilles chinoises

Depuis des millénaires, les Chinois pratiquent l’acupuncture pour soulager la douleur. Cette médecine ancestrale ne s’appuie sur aucune théorie médicale connue.
Pourtant, les aiguilles sont très efficaces. Pour les Occidentaux, l’acupuncture reste un mystère tant scientifique que philosophique.

Dans des couches archéologiques datées de 4 000 à 5 000 ans, une équipe chinoise a retrouvé du matériel d'acupuncture, essentiellement des aiguilles en silex, en os, en bambou et même en terre cuite.
Ces vestiges établissent l'acupuncture, médecine traditionnelle du peuple chinois, comme la forme la plus ancienne de soins médicaux pratiqués par l'humanité.
Peut-être que les Chinois ont élaboré cette technique à partir de l'observation de rémissions inexplicables chez des blessés par flèches ou des suppliciés par pointes acérées.

La philosophie liée à l’acupuncture

Appelée chen jue (coup d'aiguille) par les Chinois, son nom occidental dérive du latin acus (aiguille)
Cette méthode thérapeutique a été introduite en France par Georges Soulié de Morant, un sinologue du début du XXe siècle, qui a traduit en français plusieurs traités d'acupuncture, dont le célèbre Nei jing.

Gravure du XIXe siècle représentant une séance d'acupuncture

Gravure du XIXe siècle représentant une séance d'acupuncture en France. (Charmet-Musée Carnavalet)

Considéré comme l'ouvrage médical le plus ancien du monde, la première rédaction de ce document remonterait au XVIII, siècle avant notre ère.
Il ressort de la lecture du Nei jing, probablement rédigé sous sa forme actuelle au IIIe siècle avant notre ère, entre la fin de la dynastie des Zhou et le début de celle des Qin, que l'acupuncture était alors largement utilisée et s'insérait dans un ensemble de pratiques médicales qui faisaient appel aux vertus des plantes, aux régimes alimentaires, aux massages ou aux exercices physiques.

Tableau médical de l'époque Ming où figurent les points d'acupuncture

Tableau médical de l'époque Ming où figurent les points d'acupuncture qui permettent de soigner l'intestin grêle. (Charmet-Musée d'Histoire de la médecine)

L'acupuncture n'est qu'une partie de cette médecine et vise à prévenir plutôt qu'à guérir. Un médecin chinois est toujours frappé par l'extrême spécialisation qui régit la médecine occidentale. Pour une personne imprégnée de philosophie orientale, le corps et l'âme sont indissolublement liés: l'homme s'intègre dans un univers qui l'influence par le cycle des saisons.
Cet univers est caractérisé par ses flux et ses reflux d'énergie. La pensée chinoise est commandée par la notion d'alternance: la lumière et l'obscurité, le froid et la chaleur, le sec et l'humide, le ciel et la terre, le Soleil et la Lune...

Ces oppositions sont représentées par le yin et le yang, deux concepts quasi intraduisibles, symbolisés par la notion, elle aussi intraduisible, de Dao (Tao dans l'ancienne orthographe).

Grossièrement, on pourrait définir le Dao comme le « chemin » ou le "mode de vie ». Il est le plus souvent illustré par un symbole sacré, où le yin et le yang s'interpénètrent en s'équilibrant. Ce symbole sacré présente la synthèse de l'« oscillation universelle », la loi unique du Dao, qui fonde l'ensemble des conceptions chinoises en matière de morale, de science, de philosophie ou de religion.

Une des premières planches d'acupuncture connue en Europe

Une des premières planches d'acupuncture connue en Europe datant de 1684. (Charmet-Musée d'Histoire de la médecine)

Un homme qui vit selon les lois de la nature, selon ce qui est plus que selon ce qui devrait être, est un homme sain. Il est en harmonie avec le Dao. Désobéir aux lois de la nature revient à briser cette harmonie, ce qui entraîne le déséquilibre et la maladie.
Dans la médecine chinoise, la santé se résume au concept, toujours intraduisible, de qi : c'est la force, ou l'énergie, vitale. Si le qi ne coule pas doucement et harmonieusement à travers le corps, des troubles mentaux et toutes sortes de maladies se manifestent. L'homme est immergé dans la nature. Pour les Chinois, celle-ci est constituée de cinq éléments - le feu, le bois, le métal, la terre et l'eau - et du yin et du yang, qui prédominent alternativement dans chacun d'eux.

Le Yin et le Yang

Si le Soleil est yang, la Lune est yin. D'une manière générale et simplifiée, le yin symbolise plutôt la réceptivité, l'élément féminin, le sombre, le caché, le doux et l'humide.

Le yang est dynamique, masculin, lumineux, dur et sec. Pour qu'un corps connaisse santé et bonheur, yin et yang doivent s'équilibrer en permanence. Un excès de l'un ou de l'autre provoque la maladie.

Mannequin pédagogique japonais qui figure le corps humain et ses principaux méridiens

Mannequin pédagogique japonais qui figure le corps humain et ses principaux méridiens. (Charmet-Musée d'Histoire de la médecine)

C'est le déséquilibre de l'énergie qui est exprimé par les symptômes physiques ou mentaux, tantôt dans son côté yang, tantôt dans son aspect yin. Mais il s'agit toujours de la même maladie.

Cette notion de principe générateur unique différencie la manière même d'aborder la maladie qu'ont les Orientaux et les Occidentaux. Pour certains médecins, chinois ou européens, il est d'ailleurs quasi-impossible de traduire correctement les mots chinois dans les langues occidentales. D'où la difficulté d'exporter et d'expérimenter avec succès une thérapeutique aussi subtile que l'acupuncture.

La base de l’acupuncture

Pour les Chinois, le qi circule dans tout le corps par un ensemble de canaux invisibles parcourant la peau. Ce sont les jing (méridiens).

Il existe douze paires principales de méridiens, réparties de part et d'autre du corps. Chacune correspond à peu près à un organe (estomac, reins, vésicule biliaire, foie, rate, etc.).
Deux paires de méridiens sont reliées à deux organes inconnus des physiologistes occidentaux : celui qui règle la circulation sanguine et celui qui maintient la chaleur du cœur et l'intensité des émotions.

Il existe également deux méridiens « centraux » : le tou Mo (vaisseau directeur), qui remonte la colonne vertébrale, et le jen mo (vaisseau de conception), qui suit l'axe du corps vu de face.
Aux douze méridiens correspondent douze pouls chinois » : six pouls superficiels, qui ressortent du yang, et six pouls profonds, qui sont yin. Ces pouls chinois permettent aux médecins de déceler, extérieurement, le mauvais fonctionnement des organes internes du corps.

Méridiens yin de la main
A méridien du poumon
B méridien péricardiaque
C méridien du cœur Méridiens yang de la main
D méridien du gros intestin E méridien du « chauffage triple
F méridien de l'intestin grêle

Méridiens yin du pied
G méridien de la rate
H méridien du foie
I méridien du rein

Méridiens yang du pied
J méridien de l'estomac
K méridien de la vésicule biliaire
L méridien de la vessie

Lignes centrales

Vaisseau directeur
N « vaisseau de conception »

acuponcture

A l'heure actuelle, la recherche de ces pouls est loin de faire l'unanimité chez les acupuncteurs occidentaux.
Il faut une longue expérience pour les prendre et les étudier. Cette recherche se fait généralement sur les avant-bras et les poignets, par pression plus ou moins légère selon le type de pouls à prendre. La tradition veut que cette méthode d'étude date de Confucius: à l'époque, il était indécent de se déshabiller devant un médecin... Dans certains pays arabes, cette prise de pouls est toujours pratiquée pour des raisons identiques.

Un des avantages du diagnostic d'après la consultation du pouls chinois, qui est alors estimé normal, faible, fort, « comme un fil », « pâteux », etc., est la détection précoce de déséquilibres qui n'ont pas encore été ressentis.

Le médecin peut alors intervenir avant même l'apparition des symptômes. Évidemment, un praticien sans scrupules pourrait en profiter pour procéder au traitement long et coûteux d'une maladie sans fondement réel.

Les points d’acupuncture

Sur chaque méridien, on trouve un nombre variable de jue (points d'acupuncture), qui sont les lieux d'entrée et de sortie de l'énergie vitale, le qi.
En stimulant ces points avec des aiguilles, on obtient un certain effet sur l'organe qui correspond au méridien.

Aujourd'hui, on compte près de deux mille points. La tendance moderne tend plutôt à une diminution de ces points.
Les points classiques, connus de tous les acupuncteurs, figurent sur des planches anatomiques ou des figurines de conception très ancienne.

Pour plus de facilité, les acupuncteurs les désignent par des numéros : « vésicule, 1 », « foie, 4 », etc. Leurs noms chinois étaient plus poétiques et précisaient leur fonction : « flux soulagé », « affaire difficile » ou « grand éliminateur ». Ces points peuvent curieusement être placés relativement loin de l'organe à traiter: par exemple, on peut soigner le foie en stimulant un point placé dans la cheville...

Les aiguilles d’acupuncture

Pour « puncturer » (piquer), les acupuncteurs utilisent aujourd'hui des aiguilles métalliques : l'or ou le cuivre tonifient; tandis que l'argent et le fer calment.

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Ces aiguilles, dont la longueur varie de 1 à 3 ou 4 centimètres, sont enfoncées directement dans la peau. La plupart du temps, ce n'est pas douloureux. Le temps pendant lequel elles restent en place et la façon de les mettre ou de les retirer (rapidement ou en les vrillant) dépendent de l'effet recherché.

Certains acupuncteurs utilisent des moxas pour redonner de l'énergie à un organe affaibli : ces cautères en bois d'armoise sont placés au-dessus du point choisi, qu'ils doivent chauffer et non brûler.

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Pour les personnes qui ne supporteraient pas les aiguilles, il est possible de recourir au massage des points sensibles.

Les effets de l’acupuncture

Les résultats d'un traitement par acupuncture varient sensiblement d'un individu à l'autre. Le soulagement peut être instantané ou progressif. Certains sujets font même état de bouffées d'euphorie. Parfois, d'autres patients ressentent plus durement leurs maux après une séance d'acupuncture et ne connaissent la guérison qu'après plusieurs traitements.

D'où vient le succès généralement constaté ? A vrai dire, aucune réponse satisfaisante n'existe. De l'autosuggestion ? Parfois, peut-être, mais pourquoi les animaux peuvent-ils être guéris par ces aiguilles magiques ? Des impulsions électriques déclenchées sous la peau et le long des nerfs par les aiguilles ? On a vu qu'il était possible de guérir une partie du corps en piquant une autre partie...

Points d'acupuncture destinés à soigner les éléphants

Points d'acupuncture destinés à soigner les éléphants. Assez bizarrement, l'acupuncture convient encore mieux aux animaux. (Charmet-Musée d'Histoire de la médecine)

En fait, après des années de recherches, le mystère reste entier. S'il n'y a pas de détérioration organique irréversible, l'acupuncture peut guérir de nombreux troubles fonctionnels ou psychosomatiques. Dans le cas d'allergies rebelles, de migraines persistantes, d'arthrose ou de rhumatismes chroniques, les petites aiguilles métalliques ont réussi là où les médicaments ordinaires avaient échoué.

Chien traité par l'acupuncture

Chien traité par l'acupuncture

Certes, il ne s'agit pas de miracles. Les Chinois expliquent cette efficacité par la notion du qi, difficilement perceptible par un Occidental. Pourtant, même en Occident, il existe une tendance naturelle et spontanée à désigner un trouble sans gravité en termes de flux.

Une fois de plus, la science ne peut que constater, pas expliquer. Si l'acupuncture n'était pas efficace, elle ne se serait pas transmise de génération en génération pendant plusieurs milliers d'années.
De plus en plus utilisée, l'acupuncture est, en même temps, de plus en plus étudiée. Plusieurs hypothèses viennent d'être avancées sur les principes de son efficacité. Elles nous ouvrent de nouvelles perspectives sur le fonctionnement de notre corps.

V.Battaglia (08.01.2007)

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